De nombreuses structures d’accompagnement à l’entrepreneuriat fondent leur démarche sur une vision causale et linéaire de la création d’entreprise qui se décompose en 3 phases: IDENTIFICATION – EVALUATION – EXPLOITATION D’UNE OPPORTUNITE. L’outil emblématique de cette vision est le fameux BUSINESS PLAN qui présente, qualifie et montre comment l’opportunité va être exploitée. 

Les travaux de l’entrepreneure et universitaire Saras Sarasvathy (USA, Inde) montrent que souvent le processus de création d’entreprise n’est ni linéraire, ni causal. Pour elle, en réalité, les entrepreneurs appliquent des principes clés regroupés sous le nom d’EFFECTUATION. Dans cet article, nous présentons les caractéristiques de cette approche basée sur l’observation de nombreux entrepreneurs.

L’approche effectuale de l’entrepreneuriat (effectual entrepreneurship) est marquée par l’intuition et la capacité à improviser de l’entrepreneur. Elle repose sur 5 principes fondateurs qu’utilisent souvent les entrepreneurs. 

Principe 1 : Démarrer avec ce que l’on a

Dans l’approche causale de l’entrepreneuriat, l’entrepreneur définit son but dans son business plan puis va à la recherche des moyens permettant d’atteindre les objectifs visés. L’observation des entrepreneurs montre que bien souvent c’est le contraire qui se produit. L’entrepreneur part des moyens dont il dispose pour identifier les buts possibles atteignables. 

D’où le premier principe de l’effectuation : « démarrer avec les ressources disponibles« . A ce stade, le futur entrepreneur doit faire l’inventaire de ses moyens : 

  • Qui suis-je ? (personnalité, motivations, passions, aspirations…)
  • Qu’est-ce que je sais faire? (compétences, savoir-faire, savoir-être, talents…)
  • Qui je connais? (mon réseau, mes amis, ma famille…)

Le capital humain et social de l’entrepreneur est un mélange unique qui peut être la source de la réussite du projet. 

 

Principe 2 : Agir en perte acceptable

Le deuxième principe concerne le comportement de l’entrepreneur face au risque. En général, l’entrepreneur évolue dans un environnement incertain où l’évaluation des gains attendus est très aléatoire alors que les coûts eux sont plus faciles à estimer. Ainsi en général, au début d’un projet, l’entrepreneur définit la perte maximale qu’il est prêt à subir.

On peut remarquer l’application de ce principe dans de nombreuses entreprises du secteur de la technologie qui avant de devenir rentables ont été au préalable d’énormes gouffres financiers (Amazon, Facebook, Twitter…). D’où l’habitude assez répandue dans ce secteur de faire régulièrement des levées de fonds afin de financer le développement jusqu’à l’atteinte de l’équilibre économique.  

 

Principe 3 : Obtenir des engagements

Selon le troisième principe, le succès d’un projet entrepreneurial dépend de l’adhésion et de l’engagement des parties prenantes (actionnaires, financiers, salariés, clients, fournisseurs…). Saras Sarasvathy parle de « patchwork flou ».

Ainsi, l’entrepreneur tire sa force de la création de partenariats avec différents types d’acteurs. Le succès du projet d’entreprise réside dans la capacité de l’entrepreneur à construire un réseau de parties prenantes ayant aussi intérêt au succès du projet.  

 

Principe 4 : Tirer partie des surprises

Contrairement à l’approche linéaire où l’entrepreneur cherche à concrétiser son business plan, la réalité des entrepreneurs montrent qu’ils sont dans une adaptation continue du projet.

L’entrepreneur à succès tire profit des surprises de l’existence. Le succès du projet d’entreprise réside dans la capacité de l’entrepreneur à transformer les observations fortuites, suggestions clients, commandes inattendues, échecs, accidents en opportunités.

Ce quatrième principe est aussi appelé  » principe de la limonade » : « quand la vie vous donne des citrons, faites de la limonade » dit Sarasvathy. L’aventure entrepreneurial est contingente et incertaine. Il faut donc être prêt à s’adapter et transformer les difficultés en opportunités. 

 

Principe 5 : Créer le contexte

Ce cinquième principe met l’accent sur le volontarisme de l’entrepreneur.

Ainsi, l’entrepreneur à succès cherche à transformer son environnement social et économique. Il ne regarde pas le monde tel qu’il est, ou tel que les autres le décrivent, mais tel qu’il voudrait qu’il soit. Attention, à ne pas verser dans l’excès et perdre ainsi l’engagement des parties prenantes (principe 3). 

 

Conclusion: Un accompagnement basé sur l’effectuation

Au final, l’accompagnement entrepreneurial basé sur les 5 principes de l’effectuation n’implique pas l’abandon des étapes de l’accompagnement qu’on observe le plus souvent : étude de personnalité, idéation, analyse du marché, formulation du modèle économique, rédaction du plan d’affaire, recherche de financement…

Il implique surtout un questionnement permettant au porteur de projet de prendre connaissance de ses ressources, d’identifier le niveau de perte acceptable, d’approfondir la connaissance de sa cible et de son environnement concurrentiel, de co-construire son projet avec ses parties-prenantes. 

Chez Pilotagedentreprise, nos partenaires sont experts dans cette approche de l’accompagnement entrepreneurial. Vous souhaitez échanger sur le sujet: contactez-nous!

 

Sèna JOHN AHYEE

Sèna JOHN AHYEE

Sèna est Docteur en Sciences de Gestion de l'Université de Montpellier et consultant en pilotage d'entreprise.

Il enseigne depuis une dizaine d'années la comptabilité, le contrôle de gestion, le management, la RSE à l'Université et dans de nombreuses écoles de Commerce. Il  réalise des études économiques et accompagne les entrepreneurs et chefs d'entreprise dans la mise en place de systèmes de pilotage.

Consultez sa biographie détaillée et toutes ses publications sur senajohnahyee.com

Vous pouvez joindre Sèna en envoyant un message à : contact@pilotagedentreprise.com

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